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Géographie parisienne des jardins Art déco


Tout n’est pas gris à Paris, puisque notre ville chérie passe pour être la capitale la plus verte d’Europe et peut-être même du monde (ça fait du bien à notre ego). Paris vert-de-gris, oui, avec un supplément d’âme, nos parcs et jardins possèdent des traces visibles de bâtiments et sculptures du plus pur style Art Déco. Nous vous proposons une petite promenade de santé culturelle, histoire de vous mettre au vert. Jardins des années trente, jardins Art Déco, jardins cubistes, etc. Autant d’évocations un peu floues dans l’esprit de beaucoup d’entre nous. Pourtant, la capitale aux 400 jardins recèle des petites merveilles de compositions horticoles et paysagères, contemporaines des grands courants architecturaux et picturaux du début du xxe siècle. 

Retour en arrière pour bien comprendre comment Paris s’est doté de ces nouveaux jardins entre les deux guerres mondiales, après les grandes opérations Haussmanniennes de la fin du xixe siècle (les Buttes-Chaumont, le parc Montsouris, les bois de Boulogne et de Vincennes, etc.). Pas moins de trente hectares de nouveaux jardins et de squares sont créés dans Paris intra-muros entre 1918 et 1939. 


Depuis 1845, Paris était entouré de fortifications, qui sont détruites au début du xxe, laissant libres, dès 1919, de très vastes espaces, où vont bientôt se dresser les immeubles HBM (habitations à bon marché), immeubles de brique et de béton, le long des boulevards extérieurs. 
C’est au pied de ces nouveaux logements possédant un vrai confort intérieur (sanitaires, eau courante, chauffage urbain, etc.), que devait être aménagée dans un but hygiéniste, une véritable ceinture verte, sorte de frontière naturelle entre Paris et la banlieue (seuls les jardins de la Cité universitaire (1922), boulevard Jourdan, dans le XIVe arrondissement, permettent de se rendre compte de ce qu’aurait pu être ce poumon vert). Mais promotion immobilière oblige, les vastes parcs prévus seront en fait des squares et des jardins de moindre importance. Cela dit, ces jardins, souvent conçus par des architectes, possèdent des qualités formelles indéniables. La plus grande particularité de ces espaces verts, conçus entre les années vingt et trente, est de donner la priorité au minéral sur le végétal. On parle alors de jardins d’architecte, héritage du vocabulaire formel des grandes Expositions universelles de 1925, 1931 et 1937 ; ainsi le parc de la Butte du Chapeau rouge (XIXe arrondissement) est l’œuvre de l’un des architectes du palais de Chaillot, Louis Azéma. Conçus pour agrémenter des nouveaux quartiers d’habitation, ces espaces verts sont de vrais lieux de repos, pensés en tant que tels. Même quand le périphérique passe à quelques mètres comme c’est le cas pour le parc Kellermann, l’illusion bucolique est totale, le sentiment d’apaisement parfait. Edicules, kiosques, portiques, escaliers monumentaux font de ces jardins de petits musées d’architecture des années trente. En voici quatre à découvrir.

Le Square Saint-Lambert
Vous l’avez compris, ces jardins Art Déco ou cubistes, œuvres d’architectes ont tous en commun un dessin précis et des tracés réguliers que seule vient perturber la luxuriance des arbres et des fleurs. Le square Saint-Lambert a été aménagé sur le site de l’ancienne usine à gaz de Vaugirard entre 1930 et 1933.

Ce jardin occupe le centre d’un îlot composé d’immeubles construits à la même époque, et de l’imposant lycée Camille Sée, réalisé par François Le Cœur au même moment. Les lampadaires, les grilles d’entrée, les garde-corps sont dessinés avec soin, 
afin de faire écho à l’architecture 1930 du lycée Camille Sée. D’où cette impression d’intégration parfaite, d’un jardin très architecturé, avec son vaste bassin, ses édicules soignés, son jeu savant de dénivellations assez rare dans les jardins parisiens, avec l’urbanisme à la fois rigoureux et ordonné de la fin des années folles.
Mélange harmonieux de végétal et de minéral, le parc Kellermann est une enclave de verdure bordée par le 
périphérique, au pied des tours du XIIIe arrondissement.

Le Square de la Butte du Chapeau Rouge
Situé en surplomb de la plaine du Pré Saint-Gervais, ce grand square occupe l’une des collines qui faisaient partie du vaste réseau de carrières de gypse, dites carrières d’Amérique (car on exportait le plâtre vers les Etats-Unis) qui s’étendait jusqu’aux Buttes-Chaumont. 
Ce jardin de cinq hectares est sans doute le plus méconnu de la capitale. Effectivement très décentré, difficile d’accès, au bord des boulevards extérieurs, il fait pourtant la joie de tous les riverains, qui trouvent dans ce parc très escarpé, une indispensable réserve d’oxygène.

Comme dans les autres jardins de cette époque, la priorité a été donnée par Louis Azéma (architecte du palais du Trocadéro) à la décoration, aux fontaines, sculptures et aux admirables abris et petits monuments qui ponctuent les cinq hectares de ce jardin qui paraît beaucoup plus grand, tant il est pentu et rempli de surprises : belvédères, sentiers secrets, solariums, etc.

Le square de la Butte du Chapeau rouge, le lieu où, en 1914, les pacifistes venaient manifester et écouter les 
discours de Jean Jaurès.

Le Jardin des Gobelins
S’il fallait ne retenir qu’un jardin des années trente à Paris, ce serait sans conteste celui des Gobelins. L’architecte Jean-Charles Moreux (1889-1956), chantre d’un modernisme mesuré, dont le mobilier est aussi apprécié que celui d’un Arbus, Emilio Terry ou Ruhlmann, signe ici son chef-d’œuvre vert. C’est un espace secret, situé en contrebas des rues avoisinantes, seul lieu non construit de l’ancienne manufacture de tapisserie des Gobelins, située à deux pas.  Le jardin des Gobelins, ou square René Le Gall, est l’une des plus grandes réussites paysagères de la fin des années trente à Paris.Comme au parc Kellerman, la Bièvre est ici souterraine et constitue une réserve d’humidité très favorable à l’expansion de la végétation. Plusieurs escaliers monumentaux amènent à un premier jardin Renaissance, inspiré de ceux de Villandry, avec quatre gloriettes en treillage. Au centre, un obélisque rappelle l’humanisme et l’amour des mathématiques chères à la Renaissance italienne. De cette même période sont inspirés les masques faits de galets et de coquillages apposés sur les contreforts des escaliers. Œuvres du sculpteur Maurice Garnier, ils rappellent les décors des magnifiques jardins de Tivoli. Des arbres somptueux ponctuent le deuxième jardin, plus sauvage, qui mène aux aires de jeux bordées de portiques classiques, inspirés de Palladio.

Le Parc Kellerman
Ce vaste parc de plus de cinq hectares est bordé d’un côté par les boulevards extérieurs, de l’autre par le périphérique. Malgré ces handicaps, ce jardin est un vrai havre de paix. Il fut créé en 1937 par l’architecte Jacques Gréber, à l’emplacement des anciennes fortifications qui protégeaient Paris, et recouvre en partie le lit de la Bièvre, ce qui explique sans doute la luxuriance de la végétation. 
 Mélange harmonieux de végétal et de minéral, le parc Kellermann est une enclave de verdure bordée par le périphérique, au pied des tours du 
XIIIe arrondissement. C’est un modèle de jardins 1930, qui allie une rigueur très française (voir le jardin régulier à l’entrée, entouré de tilleuls), à des espaces plus sauvages, et néanmoins d’un tracé régulier.

INFORMATIONS PRATIQUES

Le Square Saint-Lambert (15è arrondissement)

Le Square de la Butte du Chapeau Rouge (19è arrondissement)

Le Jardin des Gobelins (13è arrondissement)

Le Parc Kellerman (13è arrondissement)

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