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Musée Guimet : suivez le guide !


Fermé depuis février 1996, le musée Guimet a rouvert ses portes fin janvier, après une rénovation sans précédent. Les architectes Henri et Bruno Gaudin ont opéré une mise en lumière remarquable des 3 500 pièces présentées. Des œuvres exceptionnelles exposées par régions dans un cadre dont les harmonies de blanc et gris inspirent la sérénité. Bien dans l’esprit du fondateur, l’humaniste Emile Guimet. Ce patron d’industrie mena toute sa vie une véritable croisade.

Chacun conserve le souvenir de l’incroyable labyrinthe qu’était Guimet avant ces considérables travaux. Un fouillis inextricable où l’on se sentait pris de vertige, tant les œuvres s’écrasaient les unes les autres. Cette époque est révolue : dans les nouveaux espaces du musée, l’une des plus belles collections des arts asiatiques – sinon la plus belle – du monde a enfin trouvé la respiration qu’elle méritait. Nous aussi, qui pouvons enfin découvrir sereins les trésors que recèle ce temple. (Comptez quelques heures). Des ensembles ont été créés, des harmonies trouvées. Ce qui conclut heureusement l’histoire mouvementée de ce musée fondé en 1889 par Emile Guimet, une personnalité attachante, que Le Club paris souhaite vous faire mieux connaître.

Ce "Bouddha su paradis de l'Ouest" en bois date du XIe ou XIIe siècle.

Fils d’un industriel (l’inventeur du bleu outremer artificiel), Emile Guimet aurait pu se contenter de dépenser la fortune de son père pour satisfaire son goût de l’archéologie et de l’exotisme. Ce ne fut pas le cas : travailleur infatigable, Emile Guimet prend la tête des usines familiales en 1860 (il n’a que 24 ans), développe les activités avant de fonder la compagnie Pechiney qu’il dirigera jusqu’à sa mort.  Sa vocation de voyageur- collectionneur est née un peu par hasard – grâce à un séjour en Egypte – mais dans une époque où l’on s’ouvre à l’Antiquité classique, à l’Egypte et aux civilisations du monde entier, comme en témoignent les Expositions universelles.
Après son voyage en Egypte, Emile Guimet commence à collectionner, mais, dit-il, je sentais que ces objets que je réunissais restaient muets et que pourtant ils avaient des choses à me dire. Il se plonge alors dans Champollion, Chabas, de Rougé pour dérouler cette formidable histoire de l’Egypte. Et pour cet esprit ouvert, c’est une révélation : Des comparaisons s’imposaient avec les autres civilisations archaïques. Il fallait tourner mes regards vers l’Inde, la Chaldée, la Chine.

Un vrai laboratoire

Participant à de nombreux congrès internationaux d’anthropologie et d’archéologie, Emile Guimet découvre en 1874 le musée ethnographique de Copenhague. Il devient alors pour lui évident, en sortant du musée, que les recherches doivent servir à fournir des réponses aux grands problèmes contemporains d’ordre moral et social : Il y a des savants qui se cachent, qui se tiennent à l’écart. Ils se choisissent, se comptent, se retirent dans le saint des saints et ferment le rideau derrière eux. Eh bien, moi, je fais des trous au rideau ! Je veux voir et je veux que tout le monde voie !

Un roi gardien du Nord d’un temple japonais, époque Kamakura (début XIIIe siècle), en bois de cyprès laqué, polychromé et dore. Les yeux, fascinants, sont en cristal de roche incrusté.

Sachant que la plupart des érudits consacrent leur temps à des recherches sur des pays où ils n’ont jamais mis les pieds, Emile Guimet décide, lui, après l’Egypte et la Grèce, d’entamer un tour du monde. Il commence par le Japon, puis c’est l’Inde et la Chine. A son retour, il présente à l’Exposition universelle de 1878 une partie du contenu des volumineuses caisses qu’il a rapportées, dans une salle intitulée Religions de l’Extrême-Orient. Un succès tel qu’il se dépêche d’achever la construction de son musée à Lyon. Il est inauguré par Jules Ferry en 1879.

Mais dès 1882, Emile Guimet décide de le transférer à Paris, pour être plus proche des institutions savantes. Il s’engage à céder à l’Etat l’ensemble de ses collections, et à le construire à ses frais, risques et périls sur un terrain cédé par la Ville de Paris. L’aventure du musée Guimet commence. Nous sommes en novembre 1889, Paris vient de découvrir la tour Eiffel, l’Exposition universelle. Sadi inaugure ce musée consacré à tous les dieux de l’Inde, de la Chine, du Japon, de l’Egypte, de la Grèce et du monde romain. Toute la scénographie est organisée selon des critères d’iconographie religieuse. Loin de la curiosité exotique qui caractérise l’époque, Guimet se veut un centre de recherche et de réflexion. Symbole, sa bibliothèque, au cœur du bâtiment, qualifiée d’usine de science philosophique, alors qu’Emile Guimet subventionne et finance des expéditions scientifiques sur le terrain.

Mata-Hari au musée
Cette démarche n’exclut pas un sens certain du spectacle. En ce qui concerne l’événementiel, Emile Guimet est aussi un précurseur. Le tout-Paris se précipitera pour admirer la superbe et mystérieuse madame Mac Leod, la future Mata-Hari, se livrer à des danses brahmaniques dans la bibliothèque même du musée ! Pour animer les lieux, on organise aussi d’impressionnantes cérémonies bouddhiques avec des lamas et moines japonais, devant un public médusé, dont Sadi Carnot, Degas, Clemenceau et Pasteur…

Dans la salle khmère, baignée d’une douce lumière, un étonnant Vajimukha du Cambodge, style de Pre Rup, en grès (xe siècle).

Après la guerre de 1914, les temps changent, Emile Guimet vieillit et le musée évolue : les religions de l’Antiquité classique occupent une place de plus en plus restreinte, avant de disparaître. L’Etat y rapatrie de grands chefs-d’œuvre d’art khmer rapportés par la mission Aymonier. Emile Guimet lui-même y rassemble les collections coréennes ramenées par Charles Varat. En 1912, le don de Jacques Bacot (300 pièces) permet de découvrir l’existence d’un véritable art tibétain.
D’autres remaniements sont apportés à cause des découvertes des missions d’Edouard de Chavannes et de Paul Belliot, conduisant le musée à se consacrer de plus en plus à l’histoire des grandes civilisations asiatiques.

Deux ans après la mort du fondateur, en 1920, on décide d’orienter davantage le musée vers le domaine artistique plutôt que vers l’étude des religions. Dans les années 1930, la première réorganisation complète du musée a lieu sous la direction de Joseph Hackin, Guimet présente alors la plus importante collection des arts de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est indianisée. En 1938, on ouvre la cour centrale pour accueillir les œuvres khmères.

Après la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de René Grousset, c’est la dispersion de l’héritage d’Emile Guimet. Il est décidé de faire de ce musée le grand centre des arts asiatiques en France. Des échanges ont lieu avec le Louvre qui y transfère son département d’œuvres chinoises et japonaises tandis que Guimet se sépare de son fonds d’art religieux gréco-romain et égyptien.C’est à nouveau l’heure des grands travaux : il faut également accueillir la donation Grandidier de porcelaines chinoises et d’art japonais.

Mais la tradition savante, vocation première, reste forte avec Philippe Stern, conservateur de 1954 à 1965, qui développe la bibliothèque et les archives photographiques. De son côté Jeannine Auboyer, nommée en 1965, apporte un nouvel accent sur l’art classique indien et sur l’Asie centrale

C’est en 1968 que la restauration du bâtiment annexe permet de présenter le panthéon bouddhique rapporté du Japon par Emile Guimet. On renoue ainsi avec l’esprit du fondateur. C’est un peu comme cela qu’il faut considérer la rénovation générale qui vient de s’achever sous la direction de l’actuel conservateur Jean-François Jarrige : il n’a pas oublié la tradition, les principes qui régissaient l’usine scientifique de ce grand mécène… C’est la manifestation, dans le prestigieux tissu de musées parisiens, de l’importance que notre pays accorde aux grandes civilisations d’Asie, dont la connaissance constitue un des enjeux culturels majeurs du xxie siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
  Musée des Arts Asiatiques-Guimet
6, place d’Iéna, 
Paris 16e

Tél. 01 56 52 53 00

Ouvert de 10h à 18h
   
SITE INTERNET
  museeguimet.fr
   
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