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L’art emménage à la Maison ... rouge

On connaît à Paris quelques galeries dont les espaces permettent l’exposition d’œuvres monumentales (Yvon Lambert, Cosmic Galerie, dans le Marais, par exemple). Mais ici, en bordure du port de l’Arsenal, on frôle la démesure : derrière une façade, somme toute banale, du boulevard de la Bastille, la Fondation Antoine de Galbert a fait aménager l’un des plus grands espaces d’exposition privés de la capitale ! Plus de 1300 m2, répartis en quatre salles gigantesques. Pour son ouverture, samedi 5 juin, la Maison rouge vous révèle les univers de collectionneurs. Coup d’œil par le trou de la serrure !

Sur la rue, rien de spectaculaire : une librairie jouxte l’entrée (“habillée” par Jean-Michel Alberola), qui donne sur un café entourant un pavillon curieusement peint en rouge, où se trouvent les services administratifs de la fondation. C’est derrière, sur plusieurs niveaux que se déploient les locaux de l’ancienne manufacture de photogravure, succession d’espaces immenses, entièrement redessinés par l’architecte grenoblois Jean-Yves Clément.

 
 

Ce nouveau centre d’art, dirigé par Paula Aisemberg, se dit principalement axé sur le thème de la collection privée. Conformément à la volonté de son fondateur, le galeriste grenoblois Antoine de Galbert. Cette intention déchaîne bien évidemment les réactions des mauvaises langues parisiennes qui ne se privent pas de dire que cet amateur d’art a inventé cet endroit pour y exposer sa propre collection !Restons prudents : wait and see ! En tout cas, l’exposition inaugurale (sur une idée de l’écrivain et psychanalyste Gérard Wajcman) présentera l’intimité de l’univers de plusieurs collectionneurs. Et si, à part pour le vestibule – celui d’Antoine de Galbert –, on n’a pu avoir aucune indication sur leur identité, l’effet provoqué par le parcours est saisissant et la personnalité de chaque endroit très différente d’une pièce à l’autre. Parce que sont des lieux de vie, où l’on coexiste avec des œuvres d’art, qui elles-mêmes doivent cohabiter, qui vous sont donnés à voir. Au total 16 pièces d’appartements – ou maisons – avec les objets d’art qui y prennent place, ont été reconstituées, du salon au grenier, en passant par les toilettes !
Vous ne serez donc pas surpris de voir dans le salon, des fauteuils de Mies van der Rohe côtoyer une table basse de Gae Aulenti et une commode du xviiie siècle, tandis qu’une sculpture en albâtre
d’Ettore Spalletti jouxte un tableau de Bernard Frize et des œuvres de Ange Leccia ou Noël Dolla.
Par la porte entrouverte de l’entrée, un inquiétant
homme à tête de pomme de terre du jeune artiste anglais John Isaacs vous accueille. Aux murs, voisinent des œuvres
d’artistes aussi différents que Oswald Tschirtner, Denise Aubertin, Christian Boltanski, P.Y. Bohm, August Walla, Ida Karskaya, Picabia, Ben,
Nicolas Darrot, Claude Lévêque… Si vous entrez, vous en découvrirez bien d’autres !
 

Mélange des genres aussi : dans l’une des deux salles à manger, on découvre un harmonieux ensemble – chaises de Robert Wilson et table de Richard Peduzzi, sur une moquette d’Andrée Putman –, où s’intègrent des œuvres de Sigurdur Arni Sigurdsson, Didier Trenet et Erik Dietman, à côté d’une curieuse collection de céramiques ! Quant à l’espace reconstituant le grenier, il est sans doute le plus impressionnant ! Il contient en effet, comme un mini musée, cent têtes soclées, des reliques provenant d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique du Sud, ainsi que des objets cultuels et même des momies ! Vous comprendrez sûrement qu’avec des objets aussi “chargés”, le collectionneur ait préféré les “loger” un peu à part, au grenier…
Dans cette promenade où votre œil plongera dans l’intimité de collections vivantes, vous verrez plus de 500 œuvres, de quelque 200 artistes, installés comme à la maison !

Vous voici dans la chambre d’un collectionneur qui a marié des statues et masques primitifs à des œuvres d’artistes contemporains. Vous apercevez sur le mur du fond, un tableau d’Henri Michaux, une composition de Daniel Spoerri, une œuvre d’Hanne Darboven. Aux quatre coins du lit, des moniteurs vidéo pour “Surveillance Sex Bed” de Julia Sher !
 
INFORMATIONS PRATIQUES
 
La Maison rouge


10, bd de la Bastille, Paris 12e.

Tél. 01 40 01 08 81

Exposition : du samedi 5 juin au 26 septembre. Du mercredi au dimanche de 11h à 19h, jeudi jusqu’à 21h.

Des conférences sur le collectionneur et son univers sont prévues, notamment avec Gérard Wajcman (le 17 juin) et Jean-Pierre Criqui (1er juillet).

A noter : cet automne, une nouvelle exposition mettra en scène la collection très contemporaine du Hambourgeois Harald Falckenberg (d’octobre à janvier). Ensuite, c’est l’artiste américaine Ann Hamilton (de février à mai) qui investira la totalité des lieux : quel défi !
 

   
 

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