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Les hauts lieux historiques
squattés par l’art |
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Durant les travaux de mise en conformité des locaux du musée d’Art moderne de la
Ville de Paris, l’ARC s’est délocalisé et s’est installé au couvent des
Cordeliers avec des projets d’artistes contemporains. Pendant cette année
sabbatique, les collections du musée ne resteront pas dans les réserves. Ce qui
aurait été étonnant quand on sait le dynamisme de cette institution dirigée par
Suzanne Pagé. Comme nous l’a expliqué l’un des conservateurs responsables du
projet, Cécile Debray, l’idée était de “trouver un moyen de rendre la collection
visible pendant la fermeture, d’imaginer, avec nos moyens, un musée hors les
murs, à l’échelle de Paris”. De fil en aiguille, on a donc songé à “semer des
œuvres emblématiques dans des lieux un peu décalés et susciter un nouveau regard
sur les œuvres”. Une fois les partenaires trouvés, ces “Intrus” ont commencé à
s’installer, très à l’aise comme Panamarenko au musée des Arts et Métiers, en
osmose avec le lieu, comme Thomas Shannon à l’Observatoire, ou en total
décalage, comme Daniel Spoerri au musée de la Chasse et de la Nature. Par
ailleurs, Cécile Debray, Gérard Audinet et Sophie Kreps proposent des
présentations thématiques organisées chacune dans différentes mairies
d’arrondissement à partir d’une dizaine d’œuvres emblématiques de chaque thème.
Une sélection assortie d’activités pédagogiques. Un musée qui va vers les
Parisiens, c’est plutôt sympa, non ? En piste !
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Au vénérable musée de la Chasse, l’intrusion de la vidéo dans
un monde de taxidermiste
C’est dans l’élégant hôtel de Guénégaud des Brosses que se situe le musée de la
Chasse et de la Nature. Cet hôtel particulier du xviie siècle, construit par
l’architecte François Mansart, abrite depuis son sauvetage, dans les années
1960, des collections d’armes, mais aussi des gravures, peintures, masques et
objets rares. La chasse – mais aussi la nature et les animaux – ont de tout
temps inspiré les artistes. Trois salons, au premier étage, offrent de nombreux
tableaux de célèbres peintres des xviiie et xixe siècles : Desportes, Chardin,
Oudry, Rubens, Alfred de Dreux, Corot, etc. Comme en clin d’œil, les œuvres de
contemporains viennent dialoguer avec celles des anciens, quand elles ne les
remplacent pas! Dès l’entrée, avant d’emprunter le monumental escalier où trônent
des trophées et des tapisseries, vous serez surpris par l’image rassurante d’un
chat lapant son lait, une courte vidéo, passée en boucle, du duo Peter Fischli
et David Weiss.
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Autre poète de l’ordinaire, l’artiste coréenne Koo Jeong-A vous
propose également une vidéo, salle des Portes : en plan rapproché, un gros
bouledogue vous fixe avec intensité… comme s’il était un tableau… bavant de
réalisme. Salle du xixe, le peintre Gilles Aillaud vous confronte à la triste
illusion que vivent les animaux enfermés : Rhinocéros (1966), Ragondins (1972)
et Panthères (1977). Un autre illusionniste, Daniel Spoerri, a pris la place des
Rubens dans la deuxième salle de l’étage. Par son tableau-piège “détrompe
l’œil”, il rend hommage au Douanier Rousseau (1963). Rebuts de plastique,
mannequin, petit singe naturalisé… il propose une reconstitution de forêt vierge
faussement naïve, savamment pervertie : elle remet en cause les frontières
factice/vivant, représenté/signifié.
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Le compas de l’amour à l’Observatoire de
Paris
Créé en 1667 sur un terrain dégagé, situé hors du Paris de l’époque, et
bordé de jardins de communautés religieuses,
l’Observatoire est le plus grand centre de recherches astronomiques en
France, et l’un des plus importants au monde. Pour y pénétrer, pas
question d’arriver à l’improviste : il vous faudra réserver pour accéder
au saint des saints et découvrir d’impressionnantes lunettes (encore en
service) et de belles collections d’instruments anciens. C’est dans le
bâtiment historique, justement, le bâtiment Perrault, surmonté de la
coupole Arago, qu’ont été installées des œuvres mettant en écho science et
spiritualité. Thomas Shannon y présente son “Compass of Love” (1981) : sa
boussole met en œuvre la lévitation magnétique, métaphore de polarités
magnétiques animales (attraction/répulsion, pointu/rond,
astronomique/sous-marin). On voit aussi l’une des premières œuvres de
Luciano Fabro, “Croce” (croix, 1965). D’inspiration minimaliste, cette
sculpture est composée de tubes métalliques qui dessinent de fines lignes
de lumière dans l’espace. Comme une respiration.
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Molly Mine - Photos Stéphanie Azibert |
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