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© 2000-2008 BUZZ  

Seule la passion compte par Karl Lagerfeld


Couturier, esthète, styliste de talent, photographe et galeriste passionné, mais aussi collectionneur de photographies, Karl Lagerfeld est de ces hommes qui savent avoir un regard sur le monde et sur l'art. En exclusivité, il a accepté de livrer son point de vue sur la photographie contemporaine et l'engouement qu'elle suscite.
 

"Je pense que la photographie actuelle est à un tournant. Elle passe de son état de "photographie" à un stade nouveau, provoqué par les nouvelles techniques, les possibilités offertes par le numérique et l'intervention des computers et ordinateurs sur l'image elle-même. Si bien que la photographie "pure et dure" gagne ses possibilités de "qualité musée" et devient un "Art" avec un grand A, pour les collectionneurs.
Aujourd'hui, les moyens donnés sont illimités. Ce qui représente une chance comme un danger. C'est donc choisir dans le chaos de ces "possibilités illimitées" qui est l'art de cette nouvelle forme d'expressions. Ce que quelqu'un comme Blumenfeld réussissait autrefois dans son laboratoire et sa chambre noire pendant des jours et des jours, on peut désormais y parvenir en quelques instants... 


Dès lors, bien sûr, que l'on dispose d'une idée juste et précise, sous peine d'entraîner la menace d'une banalisation par la surenchère des "possibilités". Ces "possibilités" sont accessibles à tous. Personnellement, je préfère mille fois une bonne photo à un tableau médiocre. L'Art actuel a quitté les salons des maisons privées et c'est la photographie qui y est plus à sa place. Et ce parce que vivre avec l'art conceptuel contemporain s'avère plus difficile pour un particulier (déjà par manque de place, le plus souvent), alors qu'une photographie dans une maison donne un sentiment de modernité. Elle remplace les "reproductions" de chefs-d'œuvre du passé (proche et lointain), la gravure, la lithographie et surtout l'art bourgeois et conventionnel, ces tableaux à peine moyens présentés dans un "joli" cadre. L'avantage de la photographie c'est que, sobrement encadrée, elle ne donnera jamais un air "bourgeois" à une pièce, cet air "bourgeois" que les nouveaux "jeunes bourgeois" redoutent en fait plus que tout. Or, ce sont eux qui peuvent acheter des photographies dans les galeries.

Reste que certaines tendances contemporaines me gênent. Je commence à être un peu saturé des sujets cruels, des mutilations de toutes sortes et des visions d'horreur que certains nous présentent. Je crois, personnellement, que le sujet ne doit jamais dominer la photo. Il se justifie si la photo est bonne en tant que photographie mais le côté "j'accuse", "je donne une leçon à la société", ne produit pas nécessairement une bonne image. Une telle démarche peut produire des photos géniales mais aussi n'être qu'un acte d'opportunisme camouflé, de personnes qui se servent de la misère et des tragédies des hommes. Nous croulons aujourd'hui sous les sous Diane Arbus, Cindy Sherman et Nan Goldin. Leur influence est immense mais souvent d'une sincérité douteuse. Les bons sentiments et le "politiquement correct" ne donnent pas inévitablement de bons clichés. Il faut un sacré talent ! 

Quant aux valeurs sûres de notre époque, il suffit de regarder les listes des ventes de photographies d'aujourd'hui pour les connaître.
De grands classiques s'imposent. Man Ray, par exemple, vient largement en tête avec des prix très élevés. Pour nombre de collectionneurs, le "Vintage" reste un "must" obligé, même si un beau "reprint" plus abordable est aussi très bien tout en étant historiquement moins intéressant et moins émouvant. Je crois en vérité que beaucoup des amateurs sincères de la photographie veulent un "investissement", que l'on puisse "reconnaître" l'image dans la seconde comme dans les années 1950 les tableaux impressionnistes en imposaient chez les gens "aisés".

Certes, il est difficile désormais de débuter des collections comme celles que réunirent Roger Thérond ou d'autres, avec relativement peu de moyens au départ, mais un œil grand ouvert bien avant les autres réserve de belles surprises. Et ceux qui peuvent payer, comme on le voit couramment dans les grandes ventes internationales, 200 000 ou 300 000 dollars pour une image, si c'est une satisfaction comme une autre, je crois que c'est surtout la preuve qu'ils se sont mis un peu tard à collectionner ce nouvel "Art". Moi-même, je fonctionne uniquement par coup de foudre. Je ne me considère pas comme un vrai collectionneur, mais comme un passionné de photographie, de son histoire, de ses techniques et de son évolution. Je n'ai pas des envies de possession excessive. Et je ne regarde jamais une photo avec en tête l'idée que "je fais aussi de la photographie". C'est la passion qui compte."
INFORMATIONS PRATIQUES
  Lagerfeld Gallery
40, rue de Seine,
Paris 6e

Tel. 01 55 42 75 50
   

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